sources du texte ci-dessous repris in extenso http://www.psytami.net/files/index.php?id=13
Chronique - 3.0 (Conception: 10/09/2003 Revision: 26/10/2004)
Viv(r)e la colère !
Je pense que si nous réussissions à bien vivre notre colère, nous pourrions tous dire tôt ou tard : Vive la colère libre ! Car il est sûr que la colère peut nous aider à mieux vivre à partir du moment où nous la comprenons mieux. Un peu comme Mme Anxiété, Miss Colère est une autre amie qui nous veut du bien. Mais son message est souvent mal compris ou détourné de son objectif. Il nous arrive trop souvent d’utiliser l’énergie qu’elle provoque pour arriver à d’autres fins. Je vous invite donc à lire cette chronique pour mieux comprendre à quoi sert la colère et éviter les pièges qui y sont reliés.
Qu’est-ce que la colère ?
La colère est une émotion désagréable au même titre que la tristesse ou la peur (qui y sont souvent associées d’ailleurs). L’émotion est un état psychologique, une réponse à une activation physiologique interne (la sensation) qui, par un processus complexe impliquant la pensée (voir les chroniques sur l’anxiété), nous invite à agir, à avoir un comportement particulier. Lorsque cette émotion est plutôt agréable, elle nous encourage à nous maintenir dans ce même état en continuant d’agir à peu près de la même manière. Dans le cas contraire, comme avec la colère, nous sommes plutôt poussés à sortir de l’état de malaise et par conséquent d’avoir un comportement susceptible d’amener un tel changement.
Par exemple, un nourrisson qui perçoit une sensation abdominale douloureuse (la faim qu’il ne sait pas nommer mais qu’il sait ressentir) va l’interpréter (instinctivement, par réflexe plutôt que par réflexion) comme un danger imminent (une privation du besoin de survie) ou, plus simplement encore, comme une sensation désagréable qu’il ne veut plus ressentir. Il va donc chercher à sortir ou à éviter ce malaise ou ce danger en réagissant avec le seul comportement disponible dans sa boîte à outils : une bonne crise de pleurs et de cris à vous arracher les tympans, accompagnée de mouvements de pieds et de mains désordonnés dont il vaut mieux s’éloigner, surtout si nous n’avons pas coupé ses ongles dernièrement.
Vous êtes vous reconnus dans cet exemple ? Ce ne serait pas étonnant car même si en principe nous avons évolué en vieillissant, il arrive que notre boîte à outils manque de moyens pour réagir autrement. Si les plus chanceux d’entre nous avons appris différentes manières (comme les RRRRR de la colèRe que je développerai plus loin), la plupart d’entre nous ont plutôt appris de leurs parents par modeling (imitation du modèle) ou renforcement (encouragement). Et cet apprentissage comporte différents biais selon la culture, la mode ou les expériences personnelles de vos parents.
Je pense par exemple à la tendance que nous avons longtemps eue dans notre société à valoriser la colère chez les garçons (Wow ! Il a du caractère !) et la tristesse chez les petites filles (Oh ! Quelle belle sensibilité !).
Qu’est-ce qui déclenche la colère ?
La privation ou, autrement dit, la non-satisfaction immédiate d’un besoin (ou de quelque chose d’autre perçu comme tel) est toujours à l’origine de la colère.
Au tout début, le nourrisson réagit à une privation viscérale reliée à son besoin primordial de survie; par la suite, l’enfant réagira, avec parfois cette même impression de privation viscérale, à la privation de besoins secondaires comme celui du plaisir; plus tard encore, l’adolescent ou l’adulte réagira à la privation d’autres besoins secondaires importants (comme celui de la liberté, l’amour, l’appartenance, le pouvoir, le respect, etc.) et aussi à la privation de désirs de toutes sortes qu’il perçoit parfois comme des besoins primaires (acheter une nouvelle console de jeux vidéos ou le dernier vêtement à la mode, gagner une partie de cartes, décrocher une augmentation de salaire, arriver le premier à la prochaine lumière rouge, etc.).
L’intensité de cette colère variera beaucoup d’une personne à l’autre et ne sera pas toujours justifiée par le degré de privation ou la longueur du délai précédant la satisfaction. Les gens semblent développer à travers leurs expériences une tolérance plus ou moins grande à l’insatisfaction de leurs besoins et auront donc des réactions colériques plus ou moins importantes.
Il est intéressant de comprendre les deux autres émotions désagréables (la peur et la peine) comme des phénomènes émotionnels reliés eux aussi à la privation de besoin. En effet, nous pouvons concevoir la peur comme l’anticipation d’une privation (je pense que l’un de mes besoins ne sera pas satisfait) et la peine comme la constatation d’une privation (je pense que l’un de mes besoins n’a pas été satisfait).
De plus, si nous disons que la peine est rattachée au passé alors que la peur est liée au futur, la colère elle, semble soudée au présent (un de mes besoins n’est pas satisfait !), d’où notre impression qu’elle soit soudaine, spontanée et incontrôlable.
Doit-on exprimer la colère ?
Je dirai toujours oui à la colère mais non à la violence ou l’agression. La colère, comme toutes les émotions, veut être entendue. Avez-vous déjà remarqué comment il est peu satisfaisant de pleurer tout seul, ou de rire tout seul. Il en est de même pour la colère. Bien sûr, il semble y avoir un soulagement intrinsèque à exprimer notre colère, ne serait-ce que par la décharge d’énergie qui libère notre corps. Mais il y a aussi une communication avec les autres qui procure un soulagement de plus. Nous sommes des être sociaux et nous voulons non seulement partager nos émotions avec les autres, nous voulons être entendu, écouté et compris.
En quelque sorte, nous exprimons notre colère aux autres parce que nous souhaitons qu’ils nous aident à sortir de notre état de malaise et de privation. Et c’est là que se pose le problème : ce n’est pas parce qu’on exprime notre colère que les gens et les situations vont changer de façon à nous sortir de notre état désagréable.
Par exemple, un nourrisson devra attendre que le lait soit à la bonne température ou que sa mère soit disponible pour sortir de son état de malaise, même s’il communique sa rage de plus en plus fort. De même, une fois qu’on s’est cogné le pouce avec un marteau, on aura beau crier notre douleur ou lancer notre marteau à travers la pièce, seul le temps qui passe, un sac de glace ou les câlins de notre tendre moitié vont vraiment nous soulager.
Sachant cela, nous avons quand même tendance à prendre nos rêves pour des réalités. Nous nous maintenons dans notre colère et continuons à l’exprimer jusqu’à ce que les choses changent. Et nous sommes emportés par l’illusion du pouvoir : si je force les autres à changer, je n’aurai plus mal. Et dans cette montée qui peut atteindre des sommets dangereux, nous passons de la saine expression de notre colère, à l’agression et à la violence, en passant par une tentative de prise de contrôle des autres ou des événements.
Comment s’en sortir avec la colère ?
Nous devons absolument apprendre à gérer notre colère. J’aime mieux dire gérer que contrôler puisque ce dernier mot est trop souvent compris comme bloquer. Et je pense qu’il n’est jamais bon de bloquer ou d’empêcher complètement l’expression de notre colère. Mais si nous voulons éviter les comportements destructeurs qui peuvent découler directement de notre colère, nous devons apprendre à la gérer et parfois même (pardonnez-moi le jeu de mot), à la digérer.
Les prochaines chroniques sur la colère vont vous servir à vous construire une bonne méthode de gestion de votre colère. Le but principal étant d’enrichir votre coffre à outils de façon à ce que vous choisissiez le moins souvent d’avoir recours à la crise du nourrisson, ou à la méthode classique de l’homme des cavernes : écraser, tuer, détruire…
La colère se gère, la violence se choisit...
Si nous n’apprenons pas à gérer notre colère,
nous choisissons d'être géré par notre violence.
José St-Louis, M.Ps.